Tiens, en attendant les résultats du foot, je vais me faire le plaisir bien solitaire de commenter cet album, titre par titre.
Pour commencer, cet album représente pour moi l'échappatoire ultime de mon adolescence dans ma famille de merde. Un jour de grosse colère, mon ancêtre avait raflé toutes mes cassettes (les rares Beatles que j'avais récupéré, une cassette de Jacques Brel, une de Queen, une de Springsteen, le Layla de Clapton et d'autres trucs moins avouables) et les avait détruites pour me faire chier. Evidemment, avec un paternel comme ça, la musique c'était un echapatoire de qualité dont il ne restait que cet album, Ram. Que j'adorais, et que du coup je ne pouvais que vénérer. Voilà pour le contexte léger, voire sautillant.
Comme le dit Eric plus haut, je ne passe pas un mois, depuis, sans écouter ce truc. Qui provoque invariablement une bouffée de toute puissance et de dépression, le tout mélangé.
Pour l'anecdote, j'avais la face B avant la face A, sur cette putain de cassette (jaune, la cassette).
- Too many people. Un morceau que j'aime beaucoup, même 30 ans après. je regrette juste que Paul ne s'applique pas d'avantage sur les bends à la guitare. On a du mal à croire que c'est le même type qui a fait la basse sur I want You. Dommage car les deux solos ont manifestement été travaillés (et la grille d'accord probablement adaptée aux solos et pas l'inverse). Bon, c'est un morceau de choix, et l'ambiance est vraiment géniale, avec ces réverbes pas vraiment académiques etc...
- 3 legs. J'aime le blues, mais celui là, il démarre mal, faut reconnaître. Et les choeurs de Linda n'arrangent rien. Heureusement que Paul se sort un peu les tripes par moment, parceque sinon, c'est vraiment pas tip top.
- Ram On : ça commence par un son bizarre suivi du piano de l'espace. Rien que pour ces 5 secondes d'intro, la vie vaut la peine d'être vécue.
Et comme si ça suffisait pas, v'là un piano électrique que le chef d'orchestre Paul arrête de suite, alors que ça sonnait si bien, comme si il dirigeait un orchestre complet. Comment un cerveau humain peut-il se permettre de placer comme ça des bribes d'instrumentaux, de balancer une phrase que j'ai renoncé à déchiffrer pour switcher direct vers le dépouillement total de l'ukulélé ? Si il y a de la sorcellerie chez Paul, c'est là qu'elle se trouve pour moi. Et si je devais lui poser une seule question, ça serait celle là : est-il simplement conscient du pouvoir émotionnel suscité par de telles ruptures ?
La chanson démarre, elles est top, c'est parfait, et paf, le piano électrique qui rapplique, et Paul qui fait la basse avec sa voix. Ca pourrait être ridicule, c'est tout simplement la preuve que ce morceau pourrait être joué nu sur un âne à la guimbarde, ce serait pareil. J'ai tendance à penser que ça, Paul l'a fait exactement dans ce but : mes chansons sont tellement bonnes que je peux faire n'importe quoi avec, ça sonnera quand-même ! Et de fait, il les a tous niqués, et John en particulier quand on compare Ram avec son pompeux Imagine. Je suis sûr que cet album a poussé John a se déboutonner sur mind games. La compétition, ça a eu du bon....
Ce morceau, c'est du lourd comme on dit aujourd'hui. Le pendant de Junk, en quelque sorte...
- Dear Boy : une jolie mélodie suivie de choeurs assassins de Linda qui réalise là sa plus belle contribution à la musique.
Paul qui nous fait un accompagnement à base de "Tchoutchou" qui aurait pu rendre le bazard d'une mièvrerie incroyable. De fait on passe pas loin, mais ça passe avec brio. Soutenu par un piano grave, profond, majestueux, qui asseoit vraiment le morceau.
Tout parait joué, et paf, un break arrive avec ce riff de gratte et le morceau s'épaissit. Au point que les "dafteutaf" s'ajoutent aux "Tchoutchou". C'est dire. Ca le fait grave, mais le meilleur reste à venir. Au bout de deux minutes, la mélodie descend aux enfers et Linda fait exploser le bordel en braillant "booooooooooooooooooooooooooy" tandis que Paul sort les "Fafafa" de sa boîte à idées pour ajouter la touche orgasmique à un morceau qui était déjà top. C'est émotionnellement super difficile à supporter, en ce qui me concerne et ça se traduit invariablement par des larmes. Certains ont eu un aperçu du paradis perdu en écoutant le requiem de Mozart, moi c'est en écoutant ce morceau. Un pote m'a dit un jour que c'était de la soupe bien cucul la praline. Et il avait raison. C'est un peu superficiel le concept de bonheur absolu qui est là devant toi et qui fout le camp.
- Uncle Albert. Ca commence mollement, mais la guitare acostique au fond est vraiment super agréable, soutenue qu'elle est par la basse qui reste plantée sur la même note. Y'a pas à tortiller, le Paulo connaît son affaire. Pour la suite vous connaissez tous le morceau, c'est de la balle atomique de sa mère. Les "grii-grii" ont remplacé les "tchoutchou", et ce passage où Paul parle dans le téléphone, ça devrait être enseigné à l'école. Linda assure grave derrière, par ailleurs. Et puis, et puis... Paul a ressorti la basse de 1967 (vous savez, les DOUM DOUM) et donne carte blanche à Linda et ses choeurs inimitables. C'est pas la première fois que Paul associe deux morceaux pour n'en faire qu'un, mais là c'est carrément du patchwork. Ce qui n'est pas un reproche. Y'a guère que Queen dans les annaées 70 (et en paticulier Queen I et II) pour se permettre de tels changements radicaux dans un morceau. Et d'inclure autant de thèmes différents dans un seul.
On aurait du faire écouter ça aux gros tocards du showbiz qui sont pas foutus de créer une seule mélodie potable.
Bon, bref, o va pas épiloguer, c'est un morceau majeur de l'oeuvre de Paul et basta.
- Smile Away : Paul se déboutonne sur de paroles plutôt marrantes. Et comme c'est sur l'album Ram, Linda y va de ses choeurs de l'hyper espace. Et ça fonctionne. Dingue...
- Heart of the country : morceau d'ouverture de ma cassette jaune. C'est tellement typique de macca, ce dépouillement. Comme pour Ram, la qualité de la compo est telle que la chanson n'a quasiment pas besoin d'être arrangée. Linda devait être partie faire les courses, sur ce morceau...
Monkberry Moon Delight : ce morceau ne peut pas faire l'unanimité, et pourtant, c'est une pièce maîtresse de la musique du 20ème siècle, qui révèle un Paul aussi braillard que sur "Oh Darling !" J'aime tout dans ce morceau : l'intro façon roue qui tourne patate, les paroles qui sonnent d'enfer et la fin qui déroule en pilote automatique avec Paul qui en fait des tonnes avec sa voix, comme si l'abondance des idées ne lui permettait plus de soigner leur mise en forme. Je me risque même à penser que Paul fût à la compo (car de mon point de vue, ça n'est plus le cas depuis un bon moment) ce que Stevie Ray Vaughan fût à la guitare. J'arrive pas expliquer, mais je vous jure, c'est vrai

- Eat at home : bof. Ca veut pas dire que j'aime pas, mais objectivement c'est un peu léger...
- Long haired lady : le morceau est pas forcément transcendent, mais la fin à répétition (il sait faire le Paulo, depuis Hey Jude) rattrape bien le bins.
- Ram On : qu'on reprend là où on l'avait laissée. C'était bien la première fois, c'est encore super. Et ça se permet de faire dériver sur Big Barned Bed. Ouais trop facile le Paul !
- Back Seat of my car : Tuerie. Deuxième morceau avec les "Ooo Ooo" après maybe I'm amazed. D'autre suivront ("My love" etc...) et ça restera la marque de fabrique de Paul dans les '70s.
Tiens encore un morceau qui finit sur un orgasme. Et rechialade... Inconsolable. Il avait effectivement sa place sur Abbey road, ce morceau, c'est clair.
- Another day (j'ai ce morceau sur mon CD) : C'est mignon, c'est tout doux, comme une fraise tagada. Il a vraiment du se creuser la tête pour la compo. Mais ça manque un peu de charisme comparé à ce qui précède...
- Oh Woman Oh why ! J'adore ce morceau. Ca braille (faut savoir que je n'écoute pas de pop, sauf Paul et les Beatles, parceque justement, Paul est un braillard. J'aime cette générosité. Je hais les chanteurs style M ou la vague des clones de Miossec qui se déboutonnent pas ou qui font semblant, hein Cali. Johnny braille aussi, mais c'est un blaireau.

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Bref, cet album pour moi, c'est avec Abbey Road ce qu'on a fait de mieux en terme de zique. Non pas que ce soit parfait en terme de réalisation (contrairement à Abbey Road), mais en terme de richesse et de générosité, c'est équivalent, et on est à des années lumières de, euh... Johnny ?
